À L'ACTION

Pas sorti du bois

Le père Fièvre Le Houx, la mère Angélique Le Sorbier et leur fils Douglas dit le chicot.

Fièvre est un homme grandeur nature, aux mains épaisses comme un madrier. Bûcheron toute sa vie, il ¨travaille à planche¨ pour ses bonis. De l’aube au coucher du soleil, ce sont des dizaines d’épinettes, de mélèzes et de pruches qu’il abat. Pour lui, devoir couper chênes et érables ça lui fend le cœur, lui scie les jambes. Ces arbres si nobles, si majestueux. Constamment, il touche du bois pour qu’ils soient épargnés. De ces longues années en forêt, Fièvre évite la consommation d’alcool. Il ne peut se permettre une gueule de bois avec tant d’outils à manipuler.

Sa femme Angélique est d’abord une mère dévouée. Elle accompagne son fils Douglas pour qu’il puisse réaliser le rêve de sa vie. Il fait feu de tout bois pour devenir ingénieur forestier. Pour cause, celui-ci a la passion de la forêt, de ces mystères, enfin de la nature en général.

Avec sa mère une complicité s’est nouée. Le fait d’un père manquant les a beaucoup rapprochés. Douglas a l’air d’un arbuste aux côtés de son père hors norme. Attentionné envers sa mère, il la voit souvent triste, son homme trop peu présent. Des fois, il la surprend Saul Pleureur.

Depuis qu’il est tout petit, Angélique parcours les massifs pour faire découvrir à son fils la magnificence des lieux mais surtout la prépondérance de mère nature. Toute sa jeunesse et même devenu adulte, Douglas n’a de cesse que d’arpenter la forêt. Souvent dans les sous-bois, ils étaient témoins de la transformation des plantes, des Arbustes, de toute cette vie d’effervescence. Douglas, en interaction avec sa mère aimait Noyer le poisson ou la titiller jusqu’à ce qu’elle réagisse en lui disant Acer c’est Acer la laissant souvent pantoise.

Dans la forêt septentrionale, Fièvre est au Bouleau. Un Peuplier il ramasse sa scie à Chêne et coupe les quelques branches pour que le billot soit conforme aux normes. Il pense aux tanins, aux feuilles, aux fruits, aux fibres, à la cellulose, à la sève et il va s’en dire au bois de chauffage ainsi qu’aux minces éclisse pour la biomasse. Il imagine tous les dérivés du bois, toutes les fonctions écologiques des produits forestiers pour finir par conclure que cette présence qu’a la nature de donner sans attente est certainement la forme la plus juste du don de soi.

Aussitôt, il pense à sa famille et regrette de ne pas leur donner cette présence toute légitime. La profession est toujours accompagné d’ impondérables et de responsabilités. Il revient à son domaine de prédilection et se rappelle un texte scientifique mentionnant que surgirent les Pins, les Bouleaux puis les Chênes, les Hêtres, noisetiers et autres conifères, il y a de cela 8,000 ans avant J.C.

À ce moment précis, Fièvre fait le lien avec son arbre généalogique et réalise qu’il est une branche de celui-ci, une feuille, une aiguille, un fruit qui en découle et pense à son fils Douglas. Ce vieux dicton ne dit-il pas que le fruit ne tombe jamais loin de l’arbre.

Houx la, la ! s’écrie Douglas voyant sa mère étendue sur de la mousse de lichens. Tu as des mélèzes ou es-tu à faire la sieste ! Non, dit-elle; je te regarde et suis fier de toi, fier de tes choix et comme le dit l’adage on reconnait l’arbre à ses fruits. Dis-moi; Thuya tu dis à ton père que tu voulais devenir ingénieur forestier ? Non, j’attends le moment propice.

Tu sais mon fils, il sera aussi fier qu’un Séquoia et bien que son travail soit exigeant et lui demande des sacrifices, il est toujours là pour t’appuyer. Notre famille me fait penser à ces arbres entremêlés sur l’île du Sénégal, un Fromager, un Rônier et un Khaya. Ils sont le symbole de l’entente. Comme eux, nous sommes différents mais tissés serrés, nous grandissons ensemble fiers et forts.

Depuis quelques mois de retour à la maison Fièvre a décidé de troqué sa scie à Chêne pour un couteau avec lequel il hache légumes et noix dont Angélique aime tant mélanger à une vinaigrette. Alors que Douglas a reçu son diplôme d’ingénieur forestier, Fièvre a apprivoisé les appareils ménagers.

Quand Fièvre fais les cents pas alors qu’Angélique devant le four cuit son Pin, elle l’invite à gagner l’atelier. De son imaginaire, il sait gosser; une branche, un tronc, une bûche en une sculpture de sérénité. Qui donc disait qu’il n’était pas sorti du bois, lui qui plus grand que nature avait su apprivoiser le couvert forestier, humer ses parfums, ses essences puis le transformer.

La famille Le Houx embrassait à bras le corps son bonheur. Ancrée solide à une terre d’abondance, elle savait puiser à même ses racines et savourer la sève des vraies valeurs éprouvées.