À L'ACTION

Moi, mes souliers ont beaucoup voyagé …

Chacun son chemin, chacun sa route. Un Chemin se démarque de tous les autres. C’est celui de s’apprivoiser, d’apprendre à s’aimer comme on est. Pour l’apprécier à sa juste valeur, j’ai marché ¨El Camino Francés¨. De St-Jean-Pied-de-Port à Santiago, en Espagne, ce sont 33 étapes d’une moyenne de 25 kilomètres par jour et cela, sur une distance de 800 kilomètres de pur bonheur.

Chacune des étapes sera estampillée dans le crédential en arrivant au refuge. Mon premier constat sera la perte de tous mes repères. Je n’ai plus d’ancrages. La langue, la culture, les traditions, la nourriture, l’environnement, tout m’est étranger. Une journée type se résume à se nourrir, à marcher, à trouver son refuge, à faire sa lessive, son épicerie ainsi qu’à partager avec les pèlerins de tous les horizons. L’anglais est la langue dominante. J’entrerai en relation avec plus d’une centaine de personnes des quatre coins du monde. Avec chacun d’eux, je partagerai un repas ou une discussion. En interrelation avec eux, les préjugés se dissipent.

Chemin faisant, au tiers de l’aventure, j’entre à Burgos. Une tendinite à la jambe me contraint au repos. Ne pouvant plus marcher, je suis confronté à toutes sortes de scénarios. Après 3 jours de confinement, j’entreprends de poursuivre ma route coûte que coûte. C’est alors qu’un parfait inconnu, voyant ma jambe, m’offre de la masser. Durant 3 soirs consécutifs, il me rejoindra à l’albergue et me prodiguera ses soins et de sages conseils. Tout au long de mon périple se multiplierons les synchronicités et les petits miracles comme celui-ci. Encore et toujours, je veux vivre ma légende personnelle. Mon sac à dos, cette fois, n’est rempli que de l’essentiel, mon moment présent.

Un pas, un autre pas. Sur le Chemin, des paysages à couper le souffle, des patelins tous plus sympathiques les uns que les autres. Chaque lieu a sa spécificité. Et il y en a, comme la Meseta, qui vient chercher le meilleur de soi. Près de 100 kilomètres sous un soleil ardent avec, comme seul paysage, un horizon sans fin, tout de blond vêtu. Certains diront qu’il est le lieu de l’illumination, d’autres qu’il est celui de la confrontation avec le temps qui s’éternise.

Un pas, un autre pas. Arrivé à Léon, aux deux tiers du Chemin, j’aperçois Andrés, mon bon samaritain. C’est alors qu’il m’offre de me faire visiter les principaux monuments historiques de la ville. Je dois vous dire qu’il est non seulement natif de Leon mais aussi historien. Vous devinez la suite. Wow ! Quel privilège de visiter des lieux fermés au public.

Un pas, un autre pas. Il y a Foncebadon et sa croix de fer, la ¨Cruz de ferro¨, puis Ponferrada et son Château des Templiers et bien plus encore, tout au long du Chemin. Le point culminant est l’arrivée à la Cathédrale de Santiago et de son fameux encensoir géant, le¨botafumeiro¨. J’y reçois là, mon certificat, le ¨Compostella¨. Quel que soit notre Chemin, en Espagne ou au Québec, chaque jour est une nouvelle opportunité.

Chaque matin au réveil, « je sais que je sais» que je vais marcher vers mon but, « je sais que je ne sais pas comment sera le chemin que je vais parcourir et « je ne sais pas que je ne sais pas » qu’en cours de route des intuitions, des gens plus grands que nature ou des situations inédites, je vais rencontrer. Chaque jour prend une couleur et une saveur unique et exotique. Contrairement à ma vie de tous les jours, à Compostelle, il n’y a pas toutes mes habitudes et contrariétés quotidiennes. Le syndrôme du jour de la marmotte est caduc. Vous savez ce jour du pareil au même ? Ce jour qui se répète sans cesse. Mon hamster c’est enfargé dans sa cage ou peut-être est-il paralysé ? Imaginez marcher 36 jours seul avec soi-même ! Apprivoiser le silence et apprendre à s’aimer . Oui, c’est ça vivre l’inédit. Je l’ai vécu. Rompre avec le toujours et déjà vu, c’est ça donner un sens et une valeur ajoutée à sa vie.

C’est dans la marche, c’est dans l’action que les réflexions foisonnent, que les réponses nous sont données. Et c’est alors que :

Un pas, un autre pas; J’avance et je continue;

Je progresse, je persévère; Je me rapproche de mon but;

Un pas, un autre pas; Je saute les obstacles;

J’avance et j’accélère; Je coure les opportunités;

Un pas, un autre pas; Je danse avec les gens;

Je célèbre avec eux le mystère de la vie.

Toujours mes rêves, mes intuitions et mes aspirations sont sur mon Chemin. Et comme le dit si bien Einstein : « La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à des résultats différents ». De tous ces pas, j’ai réappris à marcher avec plus de sérénité. Et j’ai même chanté :

¨Moi mes souliers ont beaucoup voyagés; De Compostelle, je me suis épris; De l’aventure, j’ai tant appris. Notre Chemin de vie, on se le choisit.

Jamais je n’ai été autant à l’écoute de mon Chemin. Pas besoin d’être en Espagne pour vivre pleinement son quotidien ! Même ici, tout peut être différent de notre sempiternel jour de la marmotte … Alaction !