À L'ACTION

Le jour de la marmotte

C’est ce jour qui n’en finit plus de finir. C’est celui du toujours et du déjà-vu. C’est celui du pareil au même. C’est un circuit autoprogrammé qui, inlassablement, nous fait tourner en rond. C’est l’habitat de notre hamster. C’est celui des habitudes qui se répètent sans cesse au quotidien. Ça vous dit quelque chose, vous ?

C’est ce jour où je me réveille avec les mêmes pensées. Ah non ! Pas déjà. Comme je serais resté au lit. Bon, allez hop ! Il faut bien gagner sa vie. Je me lève, vais faire pipi et je me prépare un bon café. Je regarde dehors pour prendre mon humeur et tabarnouch… il mouille encore. Je traîne les pieds comme mes pensées, je n’ai pas le cœur d’aller travailler. 2-3 gorgées de café bien tassées, faut bien déjeuner. Une rôtie jamais deux, ça me donne la nausée. Déjà, j’anticipe les tâches de la journée. Déjà, je sais comment le tout va se dérouler. Un coup de débarbouillette sur mes yeux pour enlever la bouette, un coup de brosse à dents pour l’amertume. Je mets mon dentier pour ne pas ressembler à grand-papa Simpson. Je me coiffe, j’enfile bas et pantalons et quelle chemise choisir ? Je passe la ceinture et l’entrevois, chanceuse, elle dort encore.

Comme à l’habitude, les enfants se chamaillent, se bousculent. Comme moi, ils auraient prolongé la nuit. L’autobus jaune les attend. N’oubliez pas votre lunch que je crie machinalement. Comme une marotte, les mêmes mots qui se répètent. C’est ce même jour, encore et encore. Je passe la porte, je file au bureau. J’emprunte toujours le même trajet. Tout est pareil, du moins très semblable. Seuls quelques cônes orange m’informent d’un changement. Je me stationne et gagne mon bureau. Les mêmes photos, les mêmes bibelots et les mêmes post-it jaunes occupent mon espace de travail. J’ouvre l’ordinateur, jette un coup d’œil à l’agenda, consulte les courriels et déjà, je sais que la journée sera longue et ennuyeuse. À l’horaire, le meeting de vente que j’anticipe depuis mon premier jour. C’est du pareil au même : Objectifs, résultats, toujours plus à atteindre.

Je sais qu’untel dira ceci, qu’un autre justifiera son retard et qu’enfin plusieurs tairont ce qui pourrait donner un souffle nouveau à ces conversations. Le directeur conclura la rencontre. Je retourne à mon bureau, passe des appels, entends les mêmes requêtes et oh, enfin ! Une courte pause, histoire de changer d’air, de reposer mes méninges. Je reprends la routine sans trop d’intention, ni de conviction dans mes pensées. Je suis comme à Shawshank, je fais du temps. L’heure du midi signale la fringale et là encore le même contenu dans ma boîte à lunch : sandwich au jambon et quelques légumes. L’après-midi traîne en longueur. Autour de moi c’est du connu, même ambiance, même dynamique. Chacun pour soi parmi des collègues qui se sentent exécutants et aux élans réfrénés.

Chacun pour soi, sauver sa peau et se rapprocher de la retraite, celle d’une pleine et entière liberté d’être. Le retour à la maison se fait à sens inverse, la même route, le même environnement. Un peu, comme si coincé, je gravitais à l’intérieur d’une boîte. Mon hamster s’en donne à cœur joie, il court après sa queue. Il donne de la vitesse à sa roue qui, elle, génère chez moi mille et une pensées. J’arrive enfin à la maison, ça sent bon le souper. Les enfants se chamaillent, se bousculent; impatience et remontrances ne changent rien. Encore, elle aura tout préparé. Les mômes trop occupés à jouer de la manette ou à clavarder avec leurs soi-disant amis. À la table, chacun se plaint d’une journée morne. Les paroles assassinent, elles blessent les égos, effritent le possible. En soirée, chacun son divertissement: téléromans, jeux vidéo. Le temps passe, c’est l’heure du dodo. Si peu d’échanges et de partages, tous trop occupés à s’engourdir pour mieux s’endormir. Ça vous dit quelque chose, vous ?

Pour sûr que les préoccupations ou le vécu de l’un et de l’autre est différent, l’attitude aussi. Mais, n’est-ce pas là une caricature de notre quotidien ? N’est-ce pas là un constat pathétique ? De 24 en 24 heures, le même scénario. Comme le disait si bien Einstein: « La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent ». Ce n’est que pure lubie. Mais comment sortir de ce cercle infernal, ce jour de la marmotte ? Si, vraiment, nous croyons que ce sont nos pensées, nos paroles et nos gestes qui sont les créateurs de notre réalité, alors peut-être serait-il sage de s’y attarder un tant soit peu.

Faire face, faire avec, faire de son mieux. Alaction !!!